Other countries have founding myths involving heroism, bloodshed, or divine mandate. The United States has its Declaration, France its Revolution, and Iceland has a field where Vikings argued until they agreed on laws. Canada has the British North America Act of 1867, a document negotiated in Charlottetown and Québec City by colonial politicians who spent a meaningful portion of those conferences drinking, and which was then passed not by the people it affected but by the British Parliament, an ocean away, as a moderately interesting piece of administrative housekeeping. Nobody stormed anything. Nobody died for it. Four colonies agreed to become one country, and the most Canadian thing about the whole process is that it required years of careful, apologetic negotiation about who would be inconvenienced least.
D’autres pays ont des mythes fondateurs impliquant l’héroïsme, le sang versé ou le mandat divin. Les États-Unis ont leur Déclaration, la France sa Révolution, et l’Islande a un champ où des Vikings se sont chichanés jusqu’à ce qu’ils s’entendent sur des lois. Le Canada a l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867, un document négocié à Charlottetown et à Québec par des politiciens coloniaux qui ont passé une bonne partie de ces conférences à boire, et qui a ensuite été adopté non pas par les gens qu’il concernait, mais par le Parlement britannique, de l’autre côté de l’océan, comme un dossier administratif moyennement intéressant. Personne n’a pris d’assaut quoi que ce soit. Personne n’est mort pour ça. Quatre colonies se sont entendues pour devenir un pays, et ce qu’il y a de plus canadien dans tout le processus, c’est que ça a nécessité des années de négociations prudentes et pleines d’excuses pour déterminer qui serait le moins incommodé.
The first apology: sorry we need you
La première excuse : désolés, on a besoin de vous
The Province of Canada (what is now Ontario and Québec, then called Canada West and Canada East) had a problem. Its two halves could not agree on anything. They shared a legislature, and that legislature was permanently deadlocked because neither English Protestant Upper Canada nor French Catholic Lower Canada would concede anything to the other. They had tried everything: rotating capitals, dual prime ministers, requiring a double majority that ensured nothing ever passed. The solution was not to fix the relationship but to dilute it. If you add more provinces, the argument becomes less concentrated. This is the logic of a family reunion: if the two cousins who hate each other are seated at a table of twelve, the tension becomes ambient rather than confrontational.
And so the Fathers of Confederation went to the Maritimes with what amounted to a plea dressed in formality: we are sorry to bother you, but we cannot govern ourselves, and we believe that governing ourselves together with you will somehow be easier than governing ourselves alone. This makes no sense. It worked anyway. This is Confederation.
La Province du Canada (ce qui est maintenant l’Ontario et le Québec, alors appelés Canada-Ouest et Canada-Est) avait un problème. Ses deux moitiés n’arrivaient à s’entendre sur rien. Elles partageaient une législature, et cette législature était en impasse permanente parce que ni le Haut-Canada protestant anglophone ni le Bas-Canada catholique francophone ne voulait céder quoi que ce soit à l’autre. Ils avaient tout essayé : des capitales en rotation, des premiers ministres en duo, l’exigence d’une double majorité qui s’assurait que rien ne passait jamais. La solution n’était pas de réparer la relation, mais de la diluer. Si on ajoute plus de provinces, la chicane devient moins concentrée. C’est la logique d’une réunion de famille : si les deux cousins qui se détestent sont assis à une table de douze, la tension devient ambiante plutôt que confrontationnelle.
Et donc les Pères de la Confédération sont partis vers les Maritimes avec ce qui équivalait à une supplication déguisée en formalité : on est désolés de vous déranger, mais on n’arrive pas à se gouverner nous-mêmes, et on croit que se gouverner ensemble avec vous sera d’une certaine façon plus facile que de se gouverner seuls. Ça ne fait aucun sens. Ça a marché pareil. C’est ça, la Confédération.
Canada is the only country whose founding document was essentially a strongly worded suggestion from one parliament to another, passed on a Tuesday, with less debate than a railway bill.
Le Canada est le seul pays dont le document fondateur était essentiellement une suggestion fermement rédigée d’un parlement à un autre, adoptée un mardi, avec moins de débats qu’un projet de loi sur les chemins de fer.
The second apology: sorry about the terms
La deuxième excuse : désolés pour les conditions
Nova Scotia came into Confederation under Joseph Howe’s vigorous objection, and the province’s regret was immediate, public, and lasted decades. New Brunswick was won over partly by the Fenian raids of 1866, in which Irish-American militants crossed the border to attack British territory, thereby convincing New Brunswickers that being part of a larger country was at minimum a practical military consideration. Ontario and Québec joined because they had invented the whole project. Prince Edward Island initially refused, waited six years, went broke building a railway, and then joined in 1873 in exchange for the federal government assuming the debt. This is the Canadian way: you hold out, accumulate leverage through your own fiscal mismanagement, and then join on terms that everyone agrees to while quietly resenting.
The terms themselves were a festival of compromises so elaborate they required their own apologies. Québec was promised protection for the French language, Catholic education, and civil law. The Maritimes were promised a railway. Ontario was promised that representation by population would finally give it the legislative weight its population deserved, while Québec was simultaneously promised that the Senate would prevent Ontario from using that weight to do anything Québec did not like. Every party left the table having been told yes in a way that meant something slightly different to each of them. This is not cynicism. This is the structural foundation of the country.
La Nouvelle-Écosse est entrée dans la Confédération sous l’objection vigoureuse de Joseph Howe, et le regret de la province a été immédiat, public, et a duré des décennies. Le Nouveau-Brunswick a été convaincu en partie par les raids féniens de 1866, lors desquels des militants irlando-américains ont traversé la frontière pour attaquer le territoire britannique, convainquant ainsi les Néo-Brunswickois que faire partie d’un plus grand pays était au minimum une considération militaire pratique. L’Ontario et le Québec ont joint parce qu’ils avaient inventé tout le projet. L’Île-du-Prince-Édouard a d’abord refusé, a attendu six ans, a fait faillite en construisant un chemin de fer, puis a rejoint en 1873 en échange de la prise en charge de la dette par le gouvernement fédéral. C’est la manière canadienne : vous résistez, accumulez du levier par votre propre mauvaise gestion fiscale, puis vous joignez à des conditions que tout le monde accepte tout en gardant un ressentiment tranquille.
Les conditions elles-mêmes étaient un festival de compromis si élaborés qu’ils nécessitaient leurs propres excuses. On a promis au Québec la protection de la langue française, de l’éducation catholique et du droit civil. On a promis un chemin de fer aux Maritimes. On a promis à l’Ontario que la représentation selon la population lui donnerait enfin le poids législatif que sa population méritait, tandis qu’on promettait simultanément au Québec que le Sénat empêcherait l’Ontario d’utiliser ce poids pour faire quoi que ce soit que le Québec n’aimerait pas. Chaque partie a quitté la table après s’être fait dire oui d’une façon qui voulait dire quelque chose de légèrement différent pour chacun. Ce n’est pas du cynisme. C’est la fondation structurelle du pays.
The third apology: sorry we didn’t ask
La troisième excuse : désolés de ne pas avoir demandé
The most consequential apology is the one that was not made for over a century. Nobody asked the Indigenous peoples. Nobody consulted the Métis, whose leader Louis Riel would twice lead resistance against a federal government that treated the West as empty land to be administered. Nobody asked the First Nations of British Columbia, who had signed no treaties and whose territories were simply declared Crown land by colonial fiat. Nobody asked the Inuit, whose homelands became Canadian territory on maps drawn in London and Ottawa by men who had never been north of Barrie.
L’excuse la plus lourde de conséquences est celle qui n’a pas été présentée pendant plus d’un siècle. Personne n’a demandé aux peuples autochtones. Personne n’a consulté les Métis, dont le chef Louis Riel allait mener deux fois la résistance contre un gouvernement fédéral qui traitait l’Ouest comme une terre vide à administrer. Personne n’a demandé aux Premières Nations de la Colombie-Britannique, qui n’avaient signé aucun traité et dont les territoires ont simplement été déclarés terres de la Couronne par décret colonial. Personne n’a demandé aux Inuits, dont les terres ancestrales sont devenues territoire canadien sur des cartes dessinées à Londres et à Ottawa par des hommes qui n’étaient jamais allés plus au nord que Barrie.
THE APOLOGY RECORD
Canada has issued more formal national apologies than any other G7 nation. The 2008 residential schools apology. The 1988 Japanese Canadian internment apology. The 2006 Chinese head tax apology. The 2017 apology to former LGBTQ2+ public servants. The 2018 apology to the Tsilhqot’in chiefs. The 2019 apology to Inuit relocated to the High Arctic. Each was significant, overdue, and followed by years of debate about whether the structural conditions that necessitated the apology had actually changed. An apology without structural change is a press conference. Canada has given many press conferences.
LE BILAN DES EXCUSES
Le Canada a présenté plus d’excuses nationales officielles que tout autre pays du G7. Les excuses de 2008 pour les pensionnats autochtones. Les excuses de 1988 pour l’internement des Canadiens d’origine japonaise. Les excuses de 2006 pour la taxe d’entrée imposée aux Chinois. Les excuses de 2017 aux anciens fonctionnaires LGBTQ2+. Les excuses de 2018 aux chefs Tsilhqot’in. Les excuses de 2019 aux Inuits déplacés vers le Haut-Arctique. Chacune était significative, tardive, et suivie d’années de débat pour savoir si les conditions structurelles qui avaient nécessité les excuses avaient réellement changé. Des excuses sans changement structurel, c’est une conférence de presse. Le Canada a donné beaucoup de conférences de presse.
This absence is the central tension of every founding story Canada tells about itself. The country was built on Indigenous land, through Indigenous displacement, without Indigenous consent, and the process of reckoning with that fact is ongoing, incomplete, and will remain so for a very long time. The Royal Commission on Aboriginal Peoples reported in 1996. The Truth and Reconciliation Commission reported in 2015. The calls to action from both remain substantially unimplemented. A country that apologizes as often and as formally as Canada does must eventually confront the question of what an apology is for, and whether saying sorry is a beginning or a substitute for one.
Cette absence est la tension centrale de chaque histoire fondatrice que le Canada raconte à son propre sujet. Le pays a été bâti sur des terres autochtones, par le déplacement des Autochtones, sans le consentement des Autochtones, et le processus de règlement de comptes avec ce fait est en cours, incomplet, et le restera pendant très longtemps. La Commission royale sur les peuples autochtones a rapporté en 1996. La Commission de vérité et réconciliation a rapporté en 2015. Les appels à l’action des deux commissions restent en grande partie lettre morte. Un pays qui s’excuse aussi souvent et aussi formellement que le Canada doit finalement faire face à la question de savoir à quoi servent des excuses, et si dire désolé est un commencement ou un substitut.
The fourth apology: sorry, this is how we govern
La quatrième excuse : désolés, c’est comme ça qu’on gouverne
The final founding apology is the one Canadians make every day, to themselves. Sorry about the weather, sorry about the distance, sorry about the federal-provincial jurisdictional dispute that means your health care is funded by one level of government and delivered by another and complained about by everyone. Sorry that equalization payments mean Alberta believes it is subsidizing Québec and Québec believes it is preserving a distinct society and Ontario believes it is holding the entire thing together while everyone ignores it. Sorry that Senate reform has been promised by every prime minister since Trudeau the elder and delivered by none of them. Sorry that the Constitution is essentially unamendable because the amending formula requires a level of federal-provincial consensus that has not existed since 1982 and may not exist again.
And yet. The country works. Not elegantly, not efficiently, and not in a way that any single person would have designed if given a blank page. It works the way a family reunion works: through a combination of genuine affection, strategic avoidance, shared food, and the unspoken agreement that nobody will bring up the thing from 1995. Canada was built on apology, runs on compromise, and endures because enough people in enough provinces continue to believe that the awkward, expensive, perpetually unfinished project of being one country is preferable to the alternative. This is not inspiring. It is durable. And durability, in a country this large and this cold, is not nothing.
L’excuse fondatrice finale est celle que les Canadiens présentent chaque jour, à eux-mêmes. Désolés pour la météo, désolés pour les distances, désolés pour le conflit de compétences fédéral-provincial qui fait que votre système de santé est financé par un palier de gouvernement et livré par un autre et critiqué par tout le monde. Désolés que les paiements de péréquation fassent croire à l’Alberta qu’elle subventionne le Québec, et au Québec qu’il préserve une société distincte, et à l’Ontario qu’il tient le tout ensemble pendant que tout le monde l’ignore. Désolés que la réforme du Sénat ait été promise par chaque premier ministre depuis Trudeau père et livrée par aucun. Désolés que la Constitution soit essentiellement non modifiable parce que la formule d’amendement exige un niveau de consensus fédéral-provincial qui n’a pas existé depuis 1982 et pourrait ne plus jamais exister.
Et pourtant. Le pays fonctionne. Pas avec élégance, pas avec efficacité, et pas d’une façon qu’une seule personne aurait conçue si on lui avait donné une page blanche. Il fonctionne comme une réunion de famille fonctionne : par une combinaison d’affection véritable, d’évitement stratégique, de nourriture partagée, et de l’entente tacite que personne ne ramènera l’histoire de 1995. Le Canada a été bâti sur les excuses, fonctionne par le compromis, et perdure parce qu’assez de gens dans assez de provinces continuent de croire que le projet maladroit, coûteux et perpétuellement inachevé d’être un seul pays est préférable à l’alternative. Ce n’est pas inspirant. C’est durable. Et la durabilité, dans un pays aussi vaste et aussi froid, ce n’est pas rien.
Sources listed, corrections welcomed. Written with the assumption you’ve been here, or want to be. If neither, the essays still apply.
Sources citées, corrections bienvenues. Écrit en supposant que vous êtes déjà passé, ou que vous aimeriez. Sinon, les essais s’appliquent quand même.